mercredi 12 juillet 2017

ELO#287 - Kellylee Evans

12 juillet 2017

Kellylee Evans est une chanteuse canadienne qui a démarré sa carrière sur les chapeaux de roue: elle gagne un premier prix en 2004 au Canada, un autre en 2007 pour la sortie de son premier album, puis en 2011 pour son troisième. Entre temps elle est partie vivre à Paris avec son mari et ses trois enfants, et apprendre le français. C'est là qu'elle sort son disque hommage à Nina Simone et rencontre un premier succès international, et c'est là aussi qu'elle rentre de ses tournées qui l'emmènent aux quatre coins de la planète, soit en son nom propre, soit pour faire la première partie d'autres artistes prestigieux, comme Dianne Reeves, George Benson ou Tony Bennett.

Toujours en France, et ne se contentant pas de ressasser des standards de jazz, elle publie en février 2013 le très réussi I Remember When, où elle revisite des standards du rap, du r'n'b, de la soul ou de la pop à sa façon, par exemple ce My Name Is inspiré de Eminem, ou And So We Dance, sa traduction du titre de Stromae:


 
C'est alors que les ennuis commencent... A peine l'album sorti, en juin 2013, Kellylee Evans est frappée par la foudre dans sa maison canadienne (eh oui, ça arrive). Partiellement et temporairement paralysée, cela ne l'empêche pas de partir en tournée (quitte à rester assise pendant l'essentiel du show, voir par exemple ce concert donné le 7 août 2013 à Marciac).


En 2014, elle se sépare de son mari, part à New-York faire la promotion de son disque (voir le clip de sa version du Ordinary People de John Legend), et commence à réfléchir à un nouveau disque, qui aborde justement les différentes étapes d'une relation, jusqu'à la rupture.


Un nouveau disque pour Kellylee Evans, c'est toujours une nouvelle direction. Principalement composées par la chanteuse, les chansons de Come On trouvent leur place quelque part entre jazz et pop, dans un compromis assez réussi, tel ce Hands Up:


Alors qu'on aurait aimé voir ce projet se développer sur scène, la malchance continue de frapper Kellylee. Le 11 novembre 2015, en sortant d'un bain trop chaud, elle s'évanouit et se cogne fortement la tête. Probablement parce qu'elle ne s'était pas assez reposée en 2013, les symptômes sont cette fois plus graves (nausées, étourdissements, paralysies, fatigue, sensibilité extrême au bruit), et surtout, ils durent. Pendant des mois, elle ne peut rien faire.

Le 12 novembre son album sort à Paris. Le 13 novembre, c'est l'attentat du Bataclan. La maison de disque, qui perd deux membres ce soir là, met complètement le disque de côté. En France, il ne se vend pas, et dans le reste du monde il n'est même pas distribué. Très vite, Kellylee Evans est ruinée et, alitée, elle est incapable de gagner sa vie.

Une magnifique chaîne de solidarité se met alors en place au Canada, où ses amis rassemblent 43.000$, et surtout se relayent auprès d'elle, de ses enfants, lui font à manger, l'aident à déménager, payent son loyer, l'emmenent chez le médecin etc. D'ailleurs après ces multiples contrecoups, elle a décidé d'y rester, de ne plus rentrer en France, et d'élever ses enfants au Canada.

Six mois plus tard, l'université où elle a fait ses études, Carleton à Ottawa, lui propose non pas de chanter, mais d'animer pendant un an une série de conférences données par des musicien.ne.s, et des ateliers de musique pour de jeunes talents. Elle accepte, ce qui lui remet le pied à l'étrier, et un peu d'épinards dans l'assiette, faute de beurre.

Un an et demi ont passé. Tout n'est pas réglé, et elle préfère toujours ne pas s'entourer de batterie ou d'instruments de musique trop bruyants, mais Kellylee Evans décide de tenter de chanter à nouveau. Elle chante d'abord trois chansons lors d'événements médiatiques différents, et puis elle se sent enfin prête à aller un peu plus loin.

Elle donne son premier concert après 19 mois d'interruption forcée le 3 juillet à Ottawa, et deux autres le lendemain à Montréal, dans le cadre du Festival International de Jazz. Pour l'occasion, elle a choisi un petit club, Upstairs, et de s'entourer juste de deux musiciens, l'un au piano ou à la guitare, et l'autre à la contrebasse.

J'ai donc assisté à ce premier concert montréalais et, ne sachant pas à quoi m'attendre, j'ai été impressionné! J'avais une toute petite mauvaise conscience d'être là pour des raisons de voyeurisme, mais elle se dissipe vite: si elle n'en avait pas parlé, il n'y avait même pas moyen de savoir que Kellylee Evans sortait d'une période sombre, durant laquelle elle avait pensé ne plus jamais pouvoir chanter. Elle précise pourtant que cette petite série de concerts est une façon pour elle de "tremper un doigt de pied dans l'eau", de se tester.

A mon avis, le test est réussi! Très en voix, autant sur des morceaux rapides que lents, très en forme, très bavarde, très sympathique et très drôle. Outre son groupe restreint, un aspect signale quand même une situation inhabituelle pour Kellylee Evans: alors que, d'habitude, lorsqu'elle sort un nouveau disque, elle ne joue presque plus ses anciens titres en concert, ici, pour son retour, elle fait une retrospective chronologique de sa carrière. Il s'agit d'ailleurs d'un résumé bien agréable et qui montre à la fois la diversité de ses choix, son talent polyforme et son évolution assez intéressante.

Nous avons donc droit à un morceau de son premier disque (I Don't Want You To Love Me), un de son deuxième (Good Girl), deux morceaux de son hommage à Nina Simone (Don't Let Me Be Misunderstood et Feeling Good), deux morceaux de chacun de ses deux derniers disques, I Remember When et Come On, différents mais qui se glissent bien dans le reste du répertoire jazzy, et puis un rappel sur Lose Yourself, encore un titre d'Eminem dont voici un petit extrait:


Concert d'une heure et demi qu'elle ne peut prolonger, puisqu'un deuxième set suivra une demi heure plus tard, mais elle parcourt quand même la salle pour embrasser les spectateurs, sentir la chaleur, et vérifier qu'elle est toujours aussi aimée.

Elle est de retour, et espérons qu'elle n'est pas remontée trop vite sur les planches. Croisons les doigts pour que cette fois ci soit la bonne, qu'elle retrouve vite l'inspiration créatrice, et qu'on découvre vite où elle va nous emmener...
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Bokanté


Vu aussi au Festival de Jazz de Montréal, le groupe Bokanté. Malgré la célébrité de Snarky Puppy, et bien que Malika Tirolien soit chez elle à la maison, c'était dans un Club Soda (pourtant pas la plus grande salle de Montréal) à moitié vide. Dommage.

Très belle prestation pourtant, d'un groupe intéressant, de virtuoses, de morceaux complexes et difficiles à maîtriser, alternant les rythmes du planant (Limyè) au funky (Roudesann). Côté musical, on a 3 percussionnistes, 4 guitares électriques (lorsque Michael League est à la guitare, c'est à dire la plupart du temps), et une basse. Cela rend le son plus homogène qu'avec Snarky Puppy, probablement aussi grâce au fil conducteur qu'est la voix de Malika Tirolien, qui chante principalement en créole

J'étais très content de voir ce nouveau projet, mais je me demande si c'est un "pas de côté", ou un véritable projet qui a de l'avenir...

Pour vous faire une idée, 25 minutes au North Sea Festival en Hollande cette semaine:

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Autres femmes, autres musiques

Georgia Anne Muldrow et Charles X chantent Wind en 2017, belle vidéo aussi:


Princess Nokia chantait les Brujas (les sorcières), ses ancêtres, en 1992, mais avec une nouvelle vidéo en 2016:

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Portraits de Femmes

Affiches – portraits de femmes
Eve, L'Histoire par les Femmes, le 22 juin 2017

Découvrez et téléchargez des portraits de femmes qui ont marqué l’Histoire, sous forme d’affiches, disponibles au format pdf. Téléchargez-les, partagez-les et imprimez-les autant que vous voudrez ! Ces portraits sont lisibles aux formats A4 et A3.

Adrienne Bolland / Alice Guy  / Angelique du Coudray / Camille Claudel / Cixi / Enheduanna / Fatima el Fihriya / Harriet Tubman / Hatchepsout / Helen Keller / Huda Sharawi / Ida B Wells / Jane Addams / Juana Azurduy de Padilla / Marguerite Porete / Maya Angelou / Murasaki Shikibu / Myeongseong / Nettie Stevens / Olympe de Gouges / Phillis Wheatley / Qiu Jin / Sappho / Viola Desmond / Zitkala Sa

Affiches – Les femmes dans l’Histoire
Eve, L'Histoire par les Femmes, le 27 février 2017

Aviatrices, scientifiques, combattantes, pirates, celles qui se sont révoltées, celles qui ont fait progresser la science, celles qui ont pris les armes… Découvrez et téléchargez des affiches présentant des petits bouts d’histoire, et les femmes qui les ont marquées !

Les pionnières – Celles qui ont été les premières / Les anticolonialistes – Celles qui se sont révoltées contre la colonisation / Les pirates – Celles qui ont fait trembler les mers / Les scientifiques – Celles qui ont fait progresser la science / Les aviatrices – Celles qui ont défié les airs / Les combattantes – Celles qui ont pris les armes
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Nouvelles Technologies

Psikopat consacre son  numéro de juin aux Nouvelles Technologies

J'y contribue un article inspiré de ceux-ci:

La rançon et la rente
Evgeny Morozov, Les Blogs du Diplo, le 15 mai 2017

L’Internet libre et gratuit, c’est bien fini
INAGLOBAL, le 22 mai 2017

Grande-Bretagne : Theresa May veut créer un nouvel Internet contrôlé et réglementé
Christian Olivier, Développez.com, le 22 mai 2017

1 commentaire:

Wroblewski a dit…

Un problème sur Roudesann.
Amicalement.